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20/04/2015

Germania

WE'LL BE TWO SOULS IN THE GHOSTTOWN
La surenchère de l'horreur



De : Harald Gilbers
Edition :   Kero (2015)
Pages : 421
Premières impressions : Une couverture très clair qui montre une ruine, une médaille. Le décor est planté, le thriller se déroulera certainement dans un contexte douloureux et dangereux. Le résumé m'intrigue. L'alliance entre un SS et un juif est plutôt originale. Dans quelles conditions ? Ce roman me subjugue mais m'effraye aussi.
Une chanson pour illustrer : GhostTown de Madonna

CE QUE DIT LA 4EME DE COUVERTURE


Berlin, été 1944. De jeunes femmes sont retrouvées mortes, nues et mutilées, devant des monuments aux morts de la Première Guerre mondiale. Contre toute attente, le SS-Hauptsturmführer Vogler fait appel à Richard Oppenheimer, l'ancien enquêteur star. Pourtant Oppenheimer est juif et donc officiellement interdit d'exercer... Tiraillé entre son quotidien misérable dans une " maison juive " et le confort que lui offre son nouveau statut, Oppenheimer est de plus en plus inquiet. Tous les indices pointent vers un assassin appartenant à l'élite nazie, si Oppenheimer échoue, son destin est scellé. Mais n'est-il pas encore plus dangereux de démasquer le coupable ? Pendant les derniers jours du Reich, les tensions sont à leur comble... Lauréat du prestigieux prix littéraire Glauser du meilleur premier roman policier en Allemagne.


MON AVIS





Un travail historique très précis

Dans ce chaos : cauchemar à ciel ouvert, sous les débris des maisons, derrière une façade effondrée, dans les caves d’un immeuble pulvérisé se cache la peur.
La peur nous tétanise, elle transforme les secondes en minutes, elle nous oblige à penser au pire de l’homme, de l’humanité. On a peur pour sa vie, on a peur des autres.
La peur devient l’ami équilibriste de la vie et de la mort.

La seconde guerre mondiale connait ses dernières heures sur le territoire européen, à cet instant de l’histoire personne ne s’imagine que ce conflit qui dure depuis plusieurs années va cesser et que la paix va être amorcée. A Berlin, où la croyance dans un seul homme par les élites est à son paroxysme, on est loin d’envisager une défaite.
C’est dans ce climat presque apocalyptique que Harald Gilbers décide de placer son enquête. Des femmes mutilées et étouffées sont retrouvées devant des monuments de la première guerre mondiale. Il faut agir au plus vite et éviter un mouvement d’hystérie collective, le peuple berlinois étant déjà profondément touché et effrayé par les attaques aériennes des alliés.

Germania offre un angle intéressant qui renseigne le lecture avec précision sur la vie quotidienne de ces allemands qui vivent au coeur du Reich. Que font ces citoyens ? L’auteur nous offre un travail historiquement minutieux et précis. Le lecteur se plonge rapidement dans l’Histoire.

Mais là, où Harald Gilbers surprend son lecteur, c'est par cette surenchère de l’horreur et ces situations complexes. On ajoute du drame à un contexte difficile. L’auteur n’hésite pas à affaiblir ce parti qui se veut invincible, en pointant du doigt ses faiblesses.
L’enquête sera difficile à mener à cause du contexte, mais aussi par cette méfiance que les élites militaires ont entre elles. Chacun fait la course au pouvoir.
Vogler, un jeune SS promu depuis peu à la capitale, riche de ses idéaux antisémites est chargé de l’enquête. Rapidement dépassé par l’affaire, il ne voit qu’une solution : faire appel à Richard Oppenheimer, un enquêteur qui n’a plus à faire ses preuves mais qui a été destitué de ses fonctions en raison de ses origines juives..
Deux personnages que l’on apprend à connaitre au fur et a mesure, loin d’être irréprochable tous les deux, on apprend à les apprécier et souhaiter presque l’impossible : qu’une amitié se créée ou du moins, un respect mutuel. Vogler par son jeune âge n’a presque connu que cette haine de l’autre et sa rencontre avec Oppenheimer va ébranler ses idéaux sans toutefois mettre de coté ses ambitions. Oppenheimer lui se trouve dépossédé de sa liberté, à la merci d’un groupe d’hommes. Un personnage qui doit en plus de résoudre l’enquête, chercher une solution : fuir le pays.
En peu de mots, de détails, le lecteur saisit les personnalités de nos personnages.

Germania par cette alliance mal assortie, arrive à dégager un message assez fort : la nationalité, les origines ne font pas l’humain, ni l’homme. Qu’il est possible de mettre de coté ses rancoeurs et d’avancer dans une cause commune.


Harald Gilbers livre un roman original car au delà de l’enquête qui occupe le lecteur, on suit la société, les gens qui font Berlin sous le troisième Reich.
Car il faut l’avouer, même si l’enquête est globalement satisfaisante, l’affaire est écrasée par les jeux politiques et la relation entre les deux enquêteurs.
Malheureusement, l’investigation peine à démarrer et elle n’apporte pas de réponses satisfaisantes. Sur l’ensemble de l’ouvrage il ne se passe pas grand chose puis les réponses sont apportées presque simultanément. Les rebondissements apportent un nouveau souffle mais retombent presque aussitôt ! L’affaire devient évidente.
Un autre petit regret concerne l’après, j’aurais aimé connaitre nos deux personnages à la fin de la guerre et savoir ce qu’ils sont devenus.

Globalement, Germania est un très bon roman et j’aimerais beaucoup suivre d’autres enquêtes de Robert Oppenheimer. L’auteur m’a vraiment séduit par son style et par la justesse de ses informations historiques. Un bon policier qui ne révolutionne pas le genre mais qui satisfera de nombreux lecteurs.



Pourtant à ce moment précis, Oppenheimer voulait croire qu'un autre monde existait, un monde de carte postale. Aucune alarme ne déchirait l'air, personne ne courait se réfugier dans le bunker le plus proche; il régnait dans ce paysage bucolique un sentiment de quiétude qu'il croyait perdu à jamais.




20/01/2015

Le jardin au clair de lune

ALL THE SECRETS YOU WHISPERED AS WE CREPT AWAY
L'héritage musical et familial


De : Corina Bormann
Edition :  Charleston (Octobre 2015)
Pages : 363
Premières impressions : Le roman est à paraitre en octobre, la couverture pour l'édition française n'est pas encore disponible. En tout cas le titre écrit sur le manuscrit invite le lecteur au mystère. Je n'ai pas lu le résumé, délibérément pour me faire ma propre idée. Une lecture plus qu'énigmatique ! Il me tarde de plonger dans l'univers de l'auteur.
Une chanson pour illustrer : River of dreams de Hayley Westenra

CE QUE DIT LA 4EME DE COUVERTURE


Le jour où un étrange vieil homme lui offre un ancien violon qui aurait appartenu à sa famille, Lily Kaiser voit sa vie basculer. Quelle énigme renferme l'instrument et la partition intitulée "Au clair de lune" dissimulée à l'intérieur ?
De Berlin à Londres, en passant par l'Italie, ses recherches vont emmener Lily jusqu'à Sumutra, une ile d'indonésie intense au riche passé colonial. Des plantations de canne à sucre aux concerts éblouissants, Lily met ses pas dans ceux de deux violonistes virtuoses qui ont enchanté les foules 100 ans plus tôt. Elle est encore bien loin de se douter qu'en pénétrant dans le mystérieux et sublime jardin au clair de lune, elle a rendez-vous avec sa propre histoire... et avec l'amour.
Sur un air de violon, Le jardin au clair de lune nous fait voyager à travers les époques, un au fil d'un siècle d'histoire coloniale, retraçant des destins hors du commun.


MON AVIS




Quand on fini le livre et on se dit : ça aurait pu être top !

On est tous plus ou moins sensible à une mélodie, au son d’un violon, d’un piano ... Souvent au delà d’une mémoire auditive, un instrument livre des histoires. Celle de son créateur et celle de son utilisateur. Il est ce témoin à travers le temps qui s’altère, qui évolue, qui se fait bichonner, se fait oublier.
Parfois - même, se fait classer par des spécialistes, par les hommes sous l’étiquette « pièce unique ».
Une appellation que l’on applique aussi à une commode, à une chaise, à un meuble qui a traversé les années et survécu à une époque. Ces pièces d’un héritage collectif, Lilly, antiquaire de métier les conserve précieusement dans sa boutique. Elle estime les objets, leur donne une valeur tarifaire jusqu’à ce qu’un amoureux du passé acquière une de ces pièces et lui offre une valeur affective.
Dans son travail, notre héroïne Lilly, s’y consacre à 200% au quotidien, que la clientèle soit au rendez-vous ou qu’elle se fasse rare.
Un train de vie assez routinier et solitaire qui devient une habitude, une seconde peau depuis quelques années. Un jour, Lilly reçoit la visite surprise d’un parfait inconnu qui lui annonce qu’elle est l’heureuse propriétaire d’un violon alors qu’elle ne sait pas en jouer !
Notre antiquaire ne s’image pas, que cette rencontre va bouleverser sa vie, ses repères et la conduire de Londres à Sumatra.

Lilly est un personnage au capital sympathique indéniable, à presque quarante ans elle est marquée par la vie et doit surmonter difficilement quelques drames personnels. Une personnalité qui se dévoile sur le long terme et qui a su m’émouvoir seulement sur la fin. Pourtant, je suis plutôt friande des personnages écorchés vifs, qui s’accroche à une quête avec fougue et passion. Mais j’ai eu le sentiment tout le long que le personnage est intéressant car son entourage l’est, l’énigme du violon lui confère un peu de son aura mystérieuse.
Les personnages secondaires servent l’histoire avec tact et précision car ils sont, excusez l’image : les clés des portes fermées. Ellen, sa meilleure amie arrive à dévoiler une facette assez attachante de notre héroïne, on découvre l’amie fidèle. Gabriel, le directeur de l’école de musique intervient comme une porte de secours à Lilly, il est l’élément qui fait que le lecteur d’une certaine manière se sent rassuré pour l’héroïne et peut librement s’intéresser à l’enquête. Cette idée n’est pas très efficace pour s’attacher à l’antiquaire mais il ne dessert pas au charisme et complicité du duo.

Le jardin au clair de lune confronte le lecteur à différentes périodes, l’histoire nous fait voyager de 1902 à 2011. Plus qu’une histoire, on découvre les destins de Rose Gallway, violoniste virtuose dans les années 1900 et celui de Helen Carter, également musicienne de talent qui rencontre un franc succès au début des années folles. Helen apparaît dans le récit par parcimonie, elle est le trait d’union de l’intrigue.

Une traversée dans les époques qui m’a fait languir d’impatience et réserve au lecteur des moments insoutenables ! Ce procédé stylistique est particulièrement efficace ici, car Corina Bomann joue sur la corde du mystère qui entoure le lègue de l’objet et la vie des précédentes propriétaires.
C’est par le travail acharné de Lilly mais aussi les flash-backs dans le passé que le lecteur découvre les vies excitantes et tragiques de nos deux musiciennes.
Rose est certainement le personnage qui charmera le plus de lecteur, une passionnée de son art mais aussi une fille du peuple, qui n’oublie pas ses racines. J’ai trouvé son histoire particulièrement émouvante et sa rencontre avec Paul réserve de jolis moments. Je regrette toutefois, d’avoir eu le sentiment sur cette relation qu’au delà du romantisme, le lecteur développe un fantasme pour lequel on nourri trop d’attentes.

Le jardin au clair de lune base son intrigue sur le violon et la partition de musique, ils deviennent les fils conducteurs de ces vies. Le violon est l’héritage de destins brisés, d’amour et de sacrifices.
Une quête qui va pousser Lilly à découvrir un héritage oublié. Au delà de résoudre un mystère, notre personnage principal s’attache à reconstruire l’histoire de ces vies.


Globalement, le roman de Corina Bomann est prévisible mais j’étais particulièrement impatiente de voir comment ces destins allaient mener à notre héroïne Lilly. Même si l’auteure ne livre pas toutes les réponses, la partition reste un joli mystère qui invite au romantisme comme on trouve dans les chefs d’œuvres de la musique classique.
Une jolie découverte pour commencer l’année.


Ca m'arrive souvent pour un roman mais pas de manière aussi évidente. Dans Le jardin au claire de lune, je n'ai pas pu m'empêcher d'imaginer Rose et Paul sous les traits de Felicity Jones et George Rainsford. La ressemblance avec les descriptions n'est pas forcement très fidèle mais vraiment je ne voyais qu'eux ! La lecture joue avec notre imagination !


Les avis des copines Charleston :

"J'adore quand les histoires du passés retrouvent le présent ou vice versa mais avec Corina Bomann je suis vite lassée, je m'ennuie rapidement et j'ai toujours l'impression de ne pas être comblée, d'avoir tout simplement tout compris à l'avance. Je sais que ce livre a plu à bien du monde et je ne pourrais pas dire que je ne le recommande pas loin de là, mais avec moi et l'auteure il doit y avoir une sorte de blocage dans la plume, une sorte d'incompréhension qui plane entre nous, allez savoir. " - Marine S.

"En alternant les épisodes historiques et contemporains de nos héroïnes, l’auteur trouve un rythme magique qui permet à ses lecteurs d’embarquer dans une saga familiale extraordinaire. De la romance, de la musique, de la tendresse et de l’aventure… Voilà la combinaison habile que Corina Bomann réussit à nous proposer. Et je peux vous l’assurer, cela en vaut largement la peine !" - Marine

"Servi par une plume gracile et délicate, "Le jardin au clair de lune" se lit comme on se plongerait dans une malle remplie de photographies en sépia; avec attention et émotion. " - Clarisse

"On passe donc avec ce livre un très agréable moment, on découvre avec plaisir des contrées inconnues. Les personnages du siècle dernier sont également très intéressants à découvrir, et leurs destinées m'ont émues. Mais il ne faut pas lire ce livre pour juste pour l'enquête, qui m'a semblée un peu facile. " - Helene

"Je vous recommande donc fortement la lecture de ce livre à sa sortie, surtout si vous aimez les romances historiques et les grandes histoires de voyage. Les amateurs de musique apprécieront aussi les multiples références musicales et le bel amour que Rose porte à son violon." - Marie


Laissons-leur un dernier secret - et laissons les gens deviner qui a composé "Le jardin au clair de Lune". Les secrets ont un pouvoir d'attraction très important sur les gens, tu ne le savais pas ?